
Je ne pars pas d’une image, mais d’un mouvement. L’image se constitue comme l’enregistrement d’un geste, une inscription plutôt qu’une représentation. La ligne y fonctionne comme un opérateur : elle produit des variations de densité, de rythme, de souffle, et engage un processus de formation plutôt qu’une forme arrêtée
La sérigraphie introduit une médiation essentielle. Elle opère un écart entre le geste et son apparition, transformant l’acte en traduction. La trame, le passage de l’encre, la logique de répétition déplacent l’origine du tracé : il n’y a plus de geste unique, mais une série de différenciations. L’image relève ainsi d’un régime de reproduction qui altère, plutôt qu’il ne fixe.
Le recours à des encres naturelles inscrit le travail dans une temporalité matérielle, lente. Le bleu ne fonctionne pas comme signe expressif, mais comme champ perceptif — un espace de déploiement où les formes émergent et se transforment.
Sans esquisse préalable, le processus repose sur une dynamique d’auto-organisation : les formes apparaissent par accumulation, selon des logiques locales, proches de celles du vivant sans en constituer une représentation. Il s’agit moins de figurer que de faire advenir des régimes de circulation, de tension et d’expansion.
Ce travail explore ainsi un seuil : celui où le contrôle se relâche et où la forme acquiert une relative autonomie. L’image ne résulte pas d’une intention stabilisée, mais d’un processus de genèse qui demeure partiellement indéterminé.



